L’insolite ne réside pas dans le choix de la destination mais dans la façon de la traiter. Chaque lieu peut être intéressant. Le tout est de trouver les éclairages surprenants, les regards pertinents qui portent au-delà de la façade et transforment le voyage en puissant et inoubliable récit.

 

A R I C I A

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Bordeaux

Le Pont de Pierre, pont le plus central de la ville, fût le premier à relier les deux rives, en 1820. La Rive Droite (à l'Est de la Garonne) est composée de petits villages provinciaux, implantés au pied d'une ligne de coteaux qui, du Sud au Nord, marque un paysage par ailleurs plat. Ce n'est que depuis une dizaine d'années, avec la libération d'importantes zones militaires, portuaires et ferroviaires, que se développent de ce côté-ci du pont, de nouveaux quartiers urbains.

Le Pôle Universitaire de Science de Gestion, sur la Rive Droite

Eve Mathieu de "arc en rêve"

Bordeaux veut devenir une métropole millionnaire: arrêter la dispersion de l'habitat et accueillir à l'intérieur de la rocade (même taille que le périphérique parisien), un million d'habitants. Aujourd'hui déjà, de nombreux projets se dessinent, pour redonner à la ville sa vocation historique de charnière entre l'Europe du Nord (l'océan, les Iles Britanniques, les ports d'Anvers, de Rotterdam et de Hambourg) et le Sud (la Méditerranée et la péninsule ibérique). Le projet phare sera certainement "Euratlantique", le futur centre d'affaires qui bordera la nouvelle gare TGV. Un quatrième pont, le pont Chaban-Delmas,  inauguré en 2013, à hauteur des bassins à flots; la nouvelle Cité du Vin (cabinet d’architectes XTU, Anouk Legendre et Nicolas Desmazières), la grande salle de spectacle ARENA (Rudy Ricciotti) qui ouvrira début 2018 à Floriac, etc.

Pont Chaban-Delmas

Cité du vin

Nous avons eu le plaisir de rencontrer l'architecte des Bâtiments de France, Mr Gontran, pour une présentation sur le patrimoine historique et sur sa fonction, qui, au delà de la protection des "vieilles pierres" (comme il dira avec une auto-dérision toute fine), s'apparente également à celle du bouwmeester (conseil et accompagnement des projets contemporains). Sans trop insister sur ce rôle, il fût une des chevilles ouvrières du classement de Bordeaux au Patrimoine de l'Unesco.

La majestueuse place de la Bourse et son reflet dans le Miroir d'eau

Avec Monsieur Gontran, architecte des bâtiments de France

Une maison dans la Cité Frujès (Le Corbusier)

Cyril Zozor, employé par le petit musée municipal de la Cité Frujès, est un homme passionné: il connaît la Cité dans tous ses détails, son histoire et son présent. Sa présentation est érudite et fascinante. Le Corbusier avait conçu un quartier de maisons unifamiliales modernes destinées aux ouvriers d'un industriel éclairé, Mr Frujès. Dès la fin des travaux (1924), les choses ne se feront pas comme prévu et le quartier se transformera en "bidon ville", jusqu'au début des années 80. Lentement, les formes originales réapparaissent et la Cité devient -enfin- ce lieu de vie agréable rêvé par l'architecte et son commanditaire.

Bordeaux doit certainement son attrait à son patrimoine historique, dont la richesse et la diversifié a été reconnue par l'Unesco. Mais deux projets phares, voulus et portés par Alain Juppé, l'ont définitivement fait basculer dans une ère nouvelle: le réaménagement des quais de la Rive Gauche et la mise en place du tramway. Sur dix ans -le maire a eu l'audace d'ouvrir un chantier sur tous les fronts-, ces deux interventions ont fondamentalement transformé le visage -et la vie- de la ville: le tramway a rapproché les quartiers périphériques du Centre et défini une identité commune; les quais ont rendu la Garonne à la ville et offert de merveilleux espaces publics aux bordelais.

 

A l'intérieur du périmètre historique, le tramway est propulsé par le sol. Aucun caténaire ne brouille le paysage! Olivier Brochet, de l'agence d'architecture Brochet-Lajus-Pueyo, auteur du projet, avait osé le pari: "un coup de bluff" nous racontera-t-il. "Nous étions toutefois convaincus que la technique suivrait". Et il en fût ainsi, malgré des débuts laborieux (pannes répétées, mauvaise humeur populaire, etc.). Aujourd'hui, tout est rentré dans l'ordre et les urbanistes de toute la France envient cette ville au ciel libre.

L'aménagement des quais est le résultat du travail de Michel Corajoud, paysagiste. Sur toute la longueur -courbe- de la Garonne, de la gare Saint-Jean aux Bassins à Flot, chaque quai présente une fonction et une identité propre: jardins, espaces réservés aux sports, terrasses, le Miroir d'Eau, entrepôts transformés en échoppes, etc. Les lieux sont amples; les mobiliers urbains soignés et discrets. L'autoroute urbaine est devenue un boulevard élégant, parcouru en site propre par le tramway. Enfin, les plantes et la végétation s'intègrent subtilement aux espaces et leur donnent un côté familial et chaleureux. Une approche du "vert" qu'on retrouve ailleurs, notamment dans le très beau jardin botanique et dans certains bâtiments.

Jardin botannique

L'aménagement de l'espace publique et les développements immobiliers sur la Rive Droite font l'objet de la même attention de la part des services municipaux. L'approche est visiblement qualitative. Au Nord du quartier Bastide, dont la place de Stalingrad constitue le centre, les friches sont encore présentes. Ces zones muent, au fil des ZAC et autres programmes publics. Le pont Chaban-Delmas les a sortis de leur isolement. 

Nous avons pu visiter, avant et après sa réhabilitation, un lieu aujourd'hui emblématique: l'ancienne caserne Niels, devenue la maison du très beau projet Darwin.

 

A Bordeaux, on découvre aussi quelques joyaux d'architecture contemporaine:

Le Tribunal de Grande Instance par Richard Rogers, avec ses fameuses cuves/salles d'audience.