L’insolite ne réside pas dans le choix de la destination mais dans la façon de la traiter. Chaque lieu peut être intéressant. Le tout est de trouver les éclairages surprenants, les regards pertinents qui portent au-delà de la façade et transforment le voyage en puissant et inoubliable récit.

 

A R I C I A

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La Rioja Alavesa, région productrice d'un des meilleurs vins rouges espagnols, aujourd'hui aussi reconnue pour ses extravagances architecturales.

La vallée de l'Ebre, entre Haro et Lagrono, est large et ouverte, bordée de montagnes. Quelques villages sont accrochés aux collines dominant le fleuve sinueux; d'autres se nichent dans les plis de vallons couverts de vignes. L'activité ici semble entièrement vouée à la viticulture, dans un environnement rural marqué par les traditions. 

Traditions secouées.

Quelques viticulteurs ambitieux, gonflés par un succès commercial confirmé depuis quelques temps et intrigués par l'effet "Guggenheim" ont dépoussiéré l'image d'Epinal et se sont livrés à une compétition sans précédant, celle de la Bodega (le chai) la plus spectaculaire. Puissance financière, audace architecturale, boulimie immobilière... on reconnaît là les traits - étiolés depuis - de l'Espagne conquérante des années 2000. Le résultat ici est contrasté et assez heureux.

 

Elciego semble construit autour de la Bodega Marques de Riscal, principal pourvoyeur d’emplois dans le village. Alors, quand les habitants virent surgir, au cœur d’un site plusieurs fois centenaire, ce qui allait devenir un hôtel hors du commun, les réticences spontanées firent vite place à une certaine fierté. Le Roi d’Espagne en personne félicita Frank Gehry pour ce nouveau geste en "ses terres". Les courbes en titane teintées de reflets bordeaux attirent, de loin, un regard nouveau sur cette petite bourgade au service du Marquis.

 

Les Bodegas Ysios et Vina Real abritent la production de deux grands groupes régionaux: Bodegas y Bebidas et CUNE. Ysios est l’œuvre de Calatrava: construction tout en longueur, dont la toiture ondulée grise fait écho à la chaîne montagneuse en arrière plan. Vina Real a été dessiné par le spécialiste bordelais Philippe Mazières: extérieur imposant, salle de chai à la perspective trompée et caves creusées dans la roche, où les palettes s’entassent sur une hauteur vertigineuse.

 

Vina Tondonia / Lopez de Heredia est une maison d’un autre type. La production, gérée par la petite-fille du fondateur Don Rafaël, est restée traditionnelle: pas de contrôle informatisé de la température et de la fermentation, pas d’inox. Les cuves en bois, entretenues avec soin, datent de la fondation de la bodega. Les fûts de chênes sont réalisés et réparés à l’atelier.  Les murs des caves sont couverts d’une matière noire, accumulation de toiles d’araignées centenaires bénéfique pour la conservation du vin.  Trouver, dans ce cadre, un pavillon de dégustation signé Zaha Hadid peut paraître saugrenu.

 

L’échange tradition – modernité, réussi visuellement, reflète la philosophie de Vina Tondonia (Lopez de Heredia): l'innovation ancrée dans l'histoire. Malheureusement (sur le plan architectural), certaines finitions et l'intérieur du pavillon déçoivent quelque peu; la star iraqienne ne semble, en particulier, pas s'être fort souciée de l'intégration du comptoir Art nouveau que Lopez de Heredia avait conçu en 1910 pour l'exposition universelle à Bruxelles.

 

Bodega Baigorri, réalisation d'Inaki Aspiazu, est une construction sobre, dont la conception repose sur le principe de la gravité. Couchée subtilement sur le flanc d'un vignoble, ses étages en épouse la pente, amenant étape par étape le raisin-devenant-vin vers les étages inférieurs. Tout en bas, un restaurant-design accueille les visiteurs. L'intervention est épurée et légère; elle tire tout profit d'un paysage généreux. Fonction, formes, matériaux, mises en scène, environnement... l'intégration est parfaite !

Bilbao, le renouveau

Le séjour se poursuit par deux journées à Bilbao, en compagnie de Monica, architecte locale. La ville n'a pas aussi bonne presse que Barcelone. Et pourtant, elle a mieux résisté à la crise. C'est que sa reconversion économique ne date pas d'hier. Bilbao, deuxième port d'Espagne, a subi le déclin de l'industrie lourde dans les années 70 (sidérurgie, chantiers navals...). Le chômage était élevé, la pollution forte et son attrait quasi nul. Mais les années 80 sont celles de la prise de conscience et de la définition volontariste d'un nouveau projet de ville.

 

Des architectes reconnus ont été appelés pour contribuer à la reprise: Norman Foster (Métro), Santiago Calatrava (Aéroport et passerelle), Frank Gehry (Guggenheim), Arata Osozaki (tours de logements). La ville a repris, soutenue par sa tradition d'ouverture, de commerce et de services. Elle offre aujourd'hui une image dynamique, à laquelle quelques chefs étoilés, aux côtés des stars de l'architecture (Zaha Hadid et Richard Rogers), ont apporté une dimension internationale.

 

 Rioja metamorphosée